Réduire l’impact environnemental de son SI : le numérique responsable, une démarche stratégique

Silicon.fr par Silicon.fr

Une empreinte numérique qui ne cesse de croître

Longtemps perçu comme immatériel, le numérique a un coût environnemental bien réel. En France, selon l’ADEME et l’Arcep, il représente environ 4,4 % de l’empreinte carbone nationale (mise à jour ADEME 2024), contre 2,5 % – soit 17,2 millions de tonnes de CO2 dans l’étude initiale de 2020. Cette hausse s’explique en partie par la prise en compte des centres de données à l’étranger. Et sans changement de trajectoire, cette empreinte poursuit sa progression et pourrait fortement croître d’ici 2030.

Contre-intuitivement, l’essentiel de l’impact ne vient pas de la consommation électrique des serveurs, mais de la fabrication des équipements. Selon l’ADEME, 78 % de l’empreinte carbone du numérique est liée à la production des terminaux. Un ordinateur portable nécessite environ 800 kg de matières premières et 1 500 litres d’eau pour sa fabrication ; un smartphone, 70 kg de matières premières. Les terminaux pèsent ainsi bien plus lourd que les data centers et les réseaux.

Un nouveau facteur aggrave la tendance : l’IA générative. Sa consommation énergétique par requête est 10 à 100 fois supérieure à une recherche web classique. En 2025, l’IA aurait émis des dizaines de millions de tonnes de CO2, et l’Agence internationale de l’énergie anticipe une forte croissance de la consommation électrique du secteur. L’IA représente déjà une part croissante de l’empreinte du numérique, ce qui crée une urgence spécifique pour les DSI.

Cette tension est paradoxale : l’IA est à la fois un levier de sobriété (optimisation énergétique, maintenance prédictive, réduction des déplacements) et un facteur d’empreinte croissante. Le numérique responsable n’est donc pas hostile à l’innovation ; il invite à la déployer avec discernement – en pesant la valeur réelle d’un usage au regard de son coût environnemental, plutôt qu’en multipliant les requêtes IA par effet de mode. Cette lucidité devient une compétence de gestion à part entière.

Un impératif réglementaire qui se renforce

Au-delà de l’enjeu écologique, le numérique responsable devient une obligation légale. En France, la loi REEN (Réduction de l’Empreinte Environnementale du Numérique), promulguée en 2021, impose progressivement des obligations de mesure et de réduction, notamment aux collectivités de plus de 50 000 habitants qui doivent élaborer une stratégie numérique responsable depuis 2025.

La pression la plus structurante vient de la directive européenne CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive). En application depuis 2025 pour les grandes entreprises, elle impose de mesurer et publier les émissions de scope 3 – dans lesquelles le SI (serveurs, terminaux, réseau, logiciels) contribue significativement – avec un audit externe obligatoire. Les normes associées (ESRS E1 sur le climat, ESRS E5 sur les ressources) intègrent explicitement l’empreinte numérique.

L’effet de cascade est notable : même les PME non directement assujetties sont concernées en tant que sous-traitantes des grands comptes, sommées de documenter leur empreinte dans la chaîne de valeur. À cela s’ajoutent d’autres textes – loi AGEC sur l’économie circulaire, RGESN pour l’éco-conception, exigences d’accessibilité. Anticiper devient le meilleur moyen de ne pas subir.

Une démarche aux bénéfices multiples

Réduire l’empreinte de son SI n’est pas qu’une contrainte : c’est une démarche aux bénéfices convergents. Le premier est économique. Allonger la durée de vie des équipements, optimiser les ressources cloud (rejoignant les logiques FinOps) et réduire le gaspillage diminuent directement les coûts. Passer un ordinateur portable de 3 à 5 ans d’utilisation réduit son empreinte d’environ 40 % – et autant de dépenses de renouvellement évitées.

Le deuxième bénéfice est l’image de marque et l’attractivité. Les clients, partenaires et candidats sont de plus en plus sensibles à l’engagement environnemental. Une démarche numérique responsable crédible devient un argument commercial et un facteur d’attractivité des talents, dans un marché où le sens compte.

Le troisième est la conformité anticipée. S’engager tôt évite de subir l’urgence réglementaire et positionne l’entreprise favorablement dans les appels d’offres, où les critères environnementaux pèsent de plus en plus. Le numérique responsable rejoint ainsi la stratégie RSE globale de l’organisation.

Par où commencer

Engager une démarche de numérique responsable ne suppose pas une refonte immédiate. L’approche éprouvée est progressive :

Mesurer son empreinte: établir un diagnostic du SI (équipements, data centers, usages) pour connaître son point de départ – on ne réduit que ce que l’on mesure.

Lancer des quick wins: allonger la durée de vie du matériel, réduire les impressions, optimiser le stockage et les ressources cloud inutilisées.

Structurer la gouvernance: désigner un référent, définir des objectifs mesurables et des indicateurs (KPIs) verts.

Intégrer à la RSE: relier la démarche numérique responsable à la stratégie de durabilité globale et au reporting CSRD.

L’enjeu pour un dirigeant n’est pas de culpabiliser sur le numérique, mais de piloter son impact comme n’importe quelle autre dimension de performance. À l’heure où l’IA fait exploser la consommation et où la réglementation se durcit, ignorer le sujet expose à des risques de conformité, de coût et de réputation. À l’inverse, une démarche structurée transforme une contrainte en levier – d’économies, d’image et d’anticipation. Le numérique responsable n’est plus une option militante : c’est une composante de la bonne gestion du SI.

Un dernier point mérite d’être souligné : le numérique responsable et le FinOps convergent largement. Réduire le gaspillage de ressources cloud, supprimer les serveurs inutilisés, allonger la durée de vie du matériel : ces actions diminuent simultanément l’empreinte carbone et la facture. Les deux démarches partagent la même logique de sobriété et peuvent se piloter de concert. Pour un dirigeant, cette convergence est un argument décisif : le numérique responsable ne s’oppose pas à la performance économique, il la sert. C’est sans doute la meilleure manière d’embarquer une organisation au-delà des seuls convaincus.

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