Accessibilité numérique : ce qui coince encore selon le Cigref
Un site 100 % conforme n’est pas systématiquement 100 % accessible.
Le Cigref le souligne en prenant pour exemple le RGAA (Référentiel général d’amélioration de l’accessibilité), qui ne tient pas compte des sujets de dyslexie et de troubles mentaux. Il rappelle plus globalement que sur le plan de la conformité, les critères sont techniques et « objectifs ». Alors que lors des tests utilisateurs, les résultats sont toujours subjectifs.
Le piège des outils automatisés et des solutions « post-livrable »
La tendance à centrer l’approche de l’accessibilité numérique sur la conformité documentaire plutôt que sur l’usage réel est un des points bloquants que l’association a identifiés.
La dépendance excessive aux outils automatisés en est une autre. S’ils promettent de faciliter le suivi de la mise aux normes, leur utilisation sans cadre et accompagnement peut se révéler contre-productive. Et créer une fausse impression de sécurité juridique.
Ces outils sont souvent des « vernis » techniques qui appliquent des modifications en surface et non à la source du code. Ils peuvent, de plus, interférer avec les technologies d’assistance en modifiant certains paramétrages.
Le Cigref appelle aussi à la vigilance quant aux solutions qui proposent d’ajouter post-livrable des configurations accessibles. Son constat : elles ne garantissent en rien une démarche d’accessibilité aux normes. Tout au plus certains utilisateurs en tirent-ils un meilleur confort. Mais gare, là encore, aux remodelages superficiels.
Impliquer, mais aussi rassurer… et mettre en « conditions réelles »
Autre écueil : la faible implication des personnes en situation de handicap dans les projets.
Il existe aussi le risque que certains métiers craignent une dégradation de la qualité de leur travail. Le Cigref mentionne, à ce sujet, la com et le marketing. Auprès d’eux, il recommande en particulier de valoriser les bénéfices de l’accessibilité en matière d’amélioration du SEO. Conseil plus global : élaborer des guides opérationnels par métier. Tout en valorisation la démarche comme un rempart contre la dégradation de l’image de marque, « souvent plus crainte que la sanction ».
Du côté d’iMSA (GIE informatique de la MSA), on valorise aussi l’expertise front-end. Il s’agit de « lutter contre le mythe du développeur full-stack en réaffirmant la nécessité de compétences spécifiques (sémantiques, standards W3C) distinctes du back-end ».
La démonstration de sites accessibles et l’immersion d’interlocuteurs stratégique en « conditions réelles » de handicap peuvent par ailleurs favoriser l’acculturation.
Une gouvernance pas encore systématisée
La nomination d’un référent accessibilité numérique et l’instauration d’un sponsoring dédié ne sont pas encore systématisées.
À la Caisse des dépôts, une instance réunissant sponsors et dirigeants se réunit deux fois par an. La publication du schéma pluriannuel d’accessibilité peut prendre prendre du temps, reconnaît l’établissement public. 4 à 6 mois en l’occurrence, compte tenu de la validation des différents comités.
Enedis dispose d’un schéma de gouvernance depuis octobre 2023, avec un COPIL trimestriel. L’entreprise a publié son premier schéma pluriannuel en 2024. Sa référente accessibilité numérique organise, une fois par mois, une session de 2 heures ouvertes à tous les salariés et prestataires de la DSI. Ambition : une fois le numérique responsable passé à l’échelle, avoir une équipe dédiée à l’accessibilité, capable notamment de réaliser les audits de conformité.
DRHTS : direction RH, transformation, santé, sécurité Chez iMSA, l’accessibilité numérique a une ligne budgétaire. Le pilotage est validé par des cycles de pré-audit dès 80 % du développement, en plus des audits finaux et des contre-audits par les prestataires.
Maturité et encadrement des prestataires
Les prestataires, justement, sont un autre point potentiellement bloquant. Il est difficile, explique le Cigref, d’identifier des ESN réellement formées et qualifiées.
Il est plus globalement difficile de soumettre contractuellement un prestataire à une obligation de résultats en matière de conformité. Celle-ci dépend en effet fortement de paramètres propres au client.
Du côté du groupe La Poste, on juge que le marché des éditeurs n’est pas suffisamment mature. Aussi, i-TEAM (entité de la DSI qui délivre aux clients internes) articulé l’exigence contractuelle autour de plans de progrès et de roadmaps plutôt que de seuils éliminatoires en consultation. Exemple de clauses incluses dans les contras :
Existe-t-il des REX d’utilisation par des personnes en situation de handicap ?
Existe-t-il des contrôles d’usabilité dans les phases de développement ?
La solution est-elle utilisable en accessibilité numérique avec les principaux navigateurs et les principales technologies d’assistance ?
Des travaux de mise en accessibilité numérique sont-ils prévus dans la roadmap ?
Pour savoir comment organiser concrètement l’intégration des exigences dans la phase projet, l Caisse des dépôts a élaboré 4 scénarios :
Service numérique développé en interne et qui s’adresse à plus de 100 personnes
Implique une montée en compétence des équipes, un budget accessibilité à la charge du projet avec le coût d’un audit RGAA (6300 € TTC max) et l’allocation de 15 jours/hommes d’accompagnement au maximum.
SaaS contractualisé avec un éditeur et qui s’adresse à plus de 100 personnes
Même critère de budget, intégration d’exigences dans les documents de marché et allocation de 5 jours/hommes au maximum.
Service numérique qui s’adresse à moins de 100 personnes (ou nombre inconnu)
Après échange avec les référents accessibilité, le projet bascule vers un des deux scénarios susmentionnés. Ou bien se poursuit sur un scénario de périmètre très limité (d’un point de vue fonctionnel ou en termes d’utilisateurs cibles voire de budget). Cela implique une petite montée en compétence et un court accompagnement (max 3 jours/hommes).
Service numérique qui ne met pas en œuvre une interface utilisateur
Prise en compte de l’accessibilité non applicable.
À consulter en complément :
Comment Leboncoin aborde l’accessibilité numérique à l’échelle
Data.gouv.fr : de l’UI à la recherche, un défi d’accessibilité des données publiques
Ce que change la directive européenne sur l’accessibilité des produits et services
Illustration générée par IA
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