Trop de IaaS, pas assez de services managés : la DINUM suggère un changement de trajectoire

Silicon.fr par Clément Bohic

La diversité est essentielle pour l’innovation, mais elle crée aussi de la fragmentation.

La DINUM exprime ce point de vue dans le cadre d’un bilan sur la doctrine « cloud au centre ». Le marché Nuage public recense déjà une vingtaine de fournisseurs* et d’autres demandent à l’être, explique-t-elle.

Cette abondance, favorisée par la tendance du « cloud souverain », est susceptible de diluer l’impact de la commande publique, estime la DINUM. La trajectoire actuelle pose question, ajoute-t-elle : les nombreuses démarches de qualification portent sur des couches IaaS déjà couvertes, apportant « une valeur marginale pour les clients et l’État ». Et d’affirmer qu’actuellement, le besoin est sur les services managés. L’appel à projets « Renforcement de l’offre cloud de confiance » (100 M€) va dans ce sens.

Le secteur privé appelé à montrer également exemple

La qualification complète des Kubernetes managés reste complexe, admet la DINUM (seuls Cloud Temple et S3NS l’ont réussie). Mais des solutions partielles se déploient (elle cite OKS chez OUTSCALE, OKMS chez OVHcloud et Kapsule chez Scaleway).

Autre perspective : le développement d’un écosystème de SaaS hébergés en SecNumCloud et à terme eux-mêmes qualifiés (trois le sont pour le moment : Oodrive, Whaller, Index Education avec Pronote). La qualification de S3NS fin 2025 y ouvre la voie.

Quoi qu’il en soit, la commande publique « ne suffira en aucun cas à elle seule » pour permettre aux fournisseurs d’atteindre une taille critique, note par ailleurs la DINUM. Elle pointe le secteur privé, où l’adoption « reste limitée, notamment chez les éditeurs logiciels ». Et déplore que les signatures de grands partenariats industriels sont « encore trop rares ».

Nuage public : la grosse croissance d’un petit marché

En 2025, le marché Nuage public a enregistré 84 M€ de commandes. Soit 62 % de plus qu’en 2024. Une conséquence de l’augmentation du nombre de projets ayant passé commande : 847 (+ 42 %), dont 466 pour la première fois. Le nombre d’entités ayant passé commande a également crû : + 27 % (341).

Le montant annuel moyen commandé par projet est aussi en hausse : + 13 %, à 95 k€. Le montant médian, en revanche, baisse (16 k€). Un élément à mettre en parallèle avec le nombre de nouveaux projets.

Le montant médian baisse aussi, cela dit, pour les projets déjà lancés – et donc susceptibles d’avoir atteint leur pic de déploiement et de charge (14 k€ en 2025, contre 28 k€ en 2024). L’expérience leur a permis de mieux jauger les coûts et évaluer les devis, en complément aux démarches FinOps, postule la DINUM. Autre hypothèses : les administrations découpent davantage leur SI. Difficile, de plus, d’écarter les restrictions et incertitudes budgétaires…

Au stade actuel, les gros projets pèsent encore démesurément : une dizaine d’entités concentrent la moitié du marché. Une seule commande peut en représenter 5 à 10 %, surtout si elle est pluriannuelle. La DINUM en mentionne une, à 7 M€, qu’un GIE a passée en décembre. Le bénéficiaire – un fournisseur extra-européen – est passé de 7e à 2e en termes de montant de commande.

Autre exemple : l’AIFE (Agence informatique financière de l’État), qui avait passé une commande « particulièrement élevée » en 2024. Elle ne l’a pas renouvelée au même niveau en 2025. Le taux de croissance des offres qualifiées SecNumCloud s’en est ressenti : + 10 % en incluant cette commande, + 23 % sans.

Sur le périmètre Nuage public, on « achète européen » avant tout

Les offres SecNumCloud représentent environ la moitié (49,7 %) des commandes de l’État. Ce dernier « achète à 99 % européen ». Si on y ajoute ses opérateurs, le taux passe à 89 %. Sur le marché au global, à 70 %.

La performance commerciale du segment « non UE » tient largement à une commande, issue d’un GIE, tient à préciser la DINUM. Elle relève également que les 23 % de croissance pour le segment SecNumCloud (hors AIFE) sont en cohérence avec les + 24 % de consommation du cloud interministériel Nubo.

Pour la première fois, en 2025, avec le renouvellement du marché, une composante MaaS est arrivée. Autrement dit, il est devenu possible d’acheter les produits inclus dans les marketplaces des fournisseurs. Cette option n’a néanmoins pas eu un poids significatif.

  • AWS, Bleu, cegedim.cloud, Clever Cloud, Cloud Temple, Ecritel, Google Cloud, Kyndryl, Leviia, Microsoft Azure, NumSpot, Oracle, Orange Business, OUTSCALE, OVHcloud, Scaleway, Scalingo, S3NS, Upsun

Illustration principale générée par IA

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