2 millions de liseuses Kindle laissées à l’abandon par Amazon
2 millions
de tablettes et liseuses pourraient être concernées par cette mise à l’arrêt.
Les utilisateur·ices, prévenu·es via un mail d’Amazon moins de 2 mois avant la date butoir, vont perdre bon nombre de fonctionnalités essentielles, voire l’usage total de leurs équipements.
Passé le 20 mai 2026, les liseuses concernées perdront des fonctionnalités centrales. Il ne sera par exemple plus possible d’acheter, d’emprunter ou de télécharger de nouveaux livres sur ces équipements. Par ailleurs, toute réinitialisation ou déconnexion d’un compte Amazon, volontaire ou suite à un bug, entraînera la mort définitive de l’appareil. Cela est le signe, pour certains, qu’on ne possède jamais vraiment ses eBooks.
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176 millions d’euros
c’est le coût que pourrait représenter le renouvellement de ces tablettes pour les 2 millions d’utilisateur·ices concernés.
Pour bénéficier des 20% de réduction concédés par Amazon en compensation, il faudra racheter une liseuse Kindle neuve sur la boutique Amazon parmi les modèles les plus récents. Leur coût est de 88€ minimum après réduction. La compensation est dérisoire aux yeux de certain·es utilisateur·ices, et les invite par ailleurs à racheter de nouveaux produits de la marque malgré leur déconvenue.
Jusqu’à 470 000 tonnes de CO2
pourraient être émises du fait du renouvellement des 2 millions de tablettes et liseuses, alors que l’empreinte carbone du numérique est liée à près de 80% à la fabrication des terminaux.
Des impacts considérables, et pourtant évitables, puisque la plupart de ces tablettes et liseuses sont encore totalement fonctionnelles ! Pourtant, il semble que la multinationale inciterait au renouvellement de ces produits. Amazon Kindle, dont le marché représente 18 milliards de dollars en 2025, annonce d’ailleurs : « Nous informons actuellement les utilisateurs et proposons des offres promotionnelles pour faciliter la transition vers des appareils plus récents. »
Et en effet, on peut lire dans le mail transmis aux client·es les informant de cet arrêt de support : « Nos nouveaux appareils Kindle offrent des améliorations significatives en matière de qualité d’écran, de performances et d’accessibilité. » (Mail transmis à HOP par des consommateur·ices concerné·es)
Ce mélange des registres n’est pas sans rappeler les communications de Microsoft à propos de l’arrêt des mises à jour de Windows 10. Ces dernières présentaient le rachat d’un nouvel ordinateur comme l’option la plus logique, après le choix unilatéral de la multinationale de stopper les mises à jour. Suite à une plainte de HOP, le Jury de Déontologie Publicitaire avait considéré que ces communications incitaient au renouvellement prématuré d’ordinateurs, tout en mêlant « l’ensemble des informations à la fois techniques et commerciales ».
Objets connectés : leur usage ne devrait pas dépendre du bon vouloir des fabricants
Et si tous nos équipements connectés étaient sur la sellette ? Les produits « intelligents » sont dépendants de logiciels intégrés ou d’applications reliées, et donc de nombreux paramètres extérieurs. Ils ont besoin d’une connexion à internet ainsi que de mises à jour régulières pour corriger les bugs, éviter les risques de piratage et assurer la connectivité.
Que se passe-t-il, si le fabricant décide qu’il en a assez ? Les produits perdent des fonctionnalités majeures, cessent d’être sécurisés, etc. C’est ce qu’on observe avec les liseuses Kindle ou les ordinateurs dépendants de Windows 10. L’alternative est parfois de passer au logiciel libre, mais cela demande d’être sensibilisé·e, d’avoir un minimum de compétences informatiques ou d’être accompagné·e.
Que se passe-t-il, si le réseau internet utilisé est mis à l’arrêt ? Ce qu’on observe avec l’arrêt des réseaux de 2G et de 3G en France : des millions d’objets connectés, bien au-delà des téléphones à touches, qui doivent être adaptés ou remplacés prématurément, aux frais des utilisateur·ices et des collectivités.
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Les exemples d’objets subissant des arrêts de support pleuvent, prenant les utilisateur·ices au dépourvu. Parmi les alertes reçues par HOP : prises connectées, vannes automatiques de jardin, Thermostats Google Nest, TomTom VIO, etc. Amazon est d’ailleurs en ce moment même la cible d’une action collective devant la cour supérieure de Californie, à propos des Fire Stick TV, dispositifs permettant notamment de connecter sa télévision aux plateformes de streaming. La firme est accusée d’avoir rendu ces produits inutilisables en interrompant le support logiciel sans en informer clairement les utilisateur·ices. La plainte qualifie ces actions de blocage logiciel, arguant que ces appareils ont perdu leur fonctionnalité principale, alors même que leur support physique demeurait totalement fonctionnel.
Problèmes de compatibilité : un autre fléau logiciel pour nos équipements
La mort logicielle d’un produit n’est pas toujours brutale, et ne découle pas toujours d’un arrêt de support par le fabricant. Elle peut être plus insidieuse, notamment pour les ordinateurs et téléphones : progressivement, les sites que vous consultez cessent de s’afficher correctement, les applications cessent d’être compatibles, etc.
La compatibilité d’un logiciel avec les différentes versions des systèmes d’exploitation (OS) dépend des choix des éditeurs de logiciels, qui privilégient souvent les OS les plus répandus, et donc les plus récents. Il est donc probable que certaines mises à jours ou applications deviennent progressivement incompatibles avec les appareils précédents, accélérant leur obsolescence. Les fabricants d’équipements, en suivant des rythmes effrénés de renouvellement de leurs gammes, participent donc activement à l’obsolescence logicielle des modèles précédents.
Encore une fois, les exemples ne manquent pas. Le 2 mars 2026, Netflix a mis fin à la compatibilité de sa plateforme avec la PS3 et de nombreuses SmartTV, pouvant concerner jusqu’à 80 millions d’appareils dans le monde.
Plus grave, les applications de services publics peuvent aussi exclure de nombreux citoyen·nes par leurs exigences logicielles. Ainsi, la certification en ligne Identité Numérique, permettant d’accéder à divers services et démarches, impose un smartphone sous Android 12 ou iOS 16.
C’est aussi l’un des risques pour les utilisateur·ices de Windows 10 passée la fin des mises à jour par Microsoft en octobre 2026, les applications et logiciels pourraient progressivement devenir incompatibles avec ce système d’exploitation.
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Qui pense encore que l’obsolescence n’est que matérielle ?
60%
des dysfonctionnements des smartphones sont logiciels.
Si la composante logicielle est intégrée au délit d’obsolescence programmée depuis son évolution en 2021, l’encadrement de ces pratiques est encore largement lacunaire. Au-delà des deux ans imposés par la garantie légale de conformité pour tous les produits, seuls les smartphones et tablettes jouissent d’un minimum de 5 ans de mises à jour, grâce au Règlement européen 2023/1670 sur l’écoconception. Un minimum qui reste limité, entré en vigueur en juillet 2025.
Par ailleurs, si la durée de suivi logicielle garantie est une information obligatoire selon l’article L.217-19 et L.217-20 du Code de la consommation, les informations sont parfois erronées et contradictoires. Près de 90% des pages web des produits connectés n’indiquent pas la durée de support logiciel, selon un rapport de la Federal Trade Commission.
HOP plaide pour un meilleur encadrement de ces pratiques. Pour rejoindre notre combat, vous pouvez d’ores et déjà : signaler les suspicions d’obsolescence sur notre plateforme en ligne, et vous abonner à notre newsletter, pour être mis·e au courant de notre plaidoyer contre l’obsolescence logicielle.
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