Arrêt coûteux de la 2G-3G : obtenons des garde-fous !

HOP - Halte à l'Obsolescence Programmée par Marguerite Nebelsztein

Le 31 mars 2026, Orange entame le démantèlement de son réseau 2G. La fin définitive du service est prévue en décembre 2026 par Bouygues, SFR, Orange et Free, les 4 opérateurs de réseau en France. La 3G devra suivre, avec un arrêt prévu pour 2028. Ces décisions, prises par des acteurs privés, ont pourtant des conséquences catastrophiques pour des millions de Français·es.

Et ici, on ne parle pas que de téléphones.

12,6 millions d’appareils

au total sont potentiellement concernés par la fin des réseaux 2G-3G[1].

10 millions

d’objets connectés, en plus de 2,6 millions de téléphones en seraient encore dépendants en France.

Parmi eux : ascenseurs, dispositifs d’alarmes, automobiles, mais aussi dispositifs d’appel d’urgence en cas d’accident de voiture, et téléassistance pour personnes âgées (bracelets anti-chute).

Un coût considérable, sans aucune compensation financière prévue

Cet arrêt suppose des coûts conséquents, allant par exemple du rachat d’un smartphone à une intervention logistique pouvant prendre une journée et coûter 1 800€ pour un ascenseur.

1,36 milliards d’euros

a minima de surcoût lié à cette fin de réseaux[2]

Ces coûts ne sont pas pris en charge, ni par les opérateurs privés à l’origine de cette décision, ni par l’État. Qui devra les assumer ?

Les consommateur·ices feront face aux coûts de renouvellement ou à l’adaptation de leurs équipements fonctionnels : smartphone, boîtier d’ascenseur via la copropriété, etc. En France, plus d’un tiers des ascenseurs étaient encore dépendants de la 2G en 2024 selon la Fédération des ascenseurs, pouvant concerner plus de 12 millions de Français·es. Pour rappel, un ascenseur ne peut pas légalement être mis en marche sans système de téléalarme fonctionnel.

Les collectivités territoriales, subissant pourtant de régulières coupes budgétaires, devront remplacer de nombreux équipements d’éclairage public, parfois très récents (entre 6 000 et 10 000 points lumineux par département).

Entre 400 et 500 millions d’euros

devront probablement être déboursés pour l’adaptation des réseaux d’eau et d’assainissement.

Alors que les équipements à remplacer ou adapter peuvent avoir une durée de vie d’entre 15 et 30 ans, et ont fait l’objet d’investissements de long terme. Ces arrêts mettent en danger la continuité des services, avec des risques de pollution, de pénuries d’eau potable, et de défaillances de la défense incendie.

Les entreprises, chargées d’assurer la continuité de leurs services, devront probablement prendre en charge une partie des coûts. L’étude PwC de 2024 estime à 685 millions d’euros le surcoût partagé entre acteurs privés, publics, et particuliers, pour les secteurs des alarmes, de la télésurveillance, de la téléassistance, des ascenseurs, des équipements médicaux et des systèmes d’appel d’urgence.

Par ailleurs, les nécessaires changements de forfaits vers la 4G-5G font craindre à la Commission Supérieure du Numérique et des Postes (CNSP) un effet d’aubaine. La commission alerte en effet quant au risque de surcoûts supplémentaires pour des usager·es à qui les opérateurs de télécommunications pourraient « imposer aux usagers des offres disproportionnées à leurs besoins et à leurs usages et donc trop onéreuses ».

Le « risque de surmortalité de personnes vulnérables »

Selon une étude du PwC, l’arrêt de ces réseaux pourrait supposer un « risque de surmortalité de personnes vulnérables » : 200 000 appareils de téléassistance (bracelets anti-chutes pour personnes âgées) pourraient subir des interruptions de service. Par ailleurs, si les acteurs du secteur médical ont pu anticiper l’arrêt, cela a supposé des coûts financiers considérables, étant donné qu’un million de dispositifs médicaux étaient encore concernés début 2025 (par exemple, des équipements pour traiter l’apnée du sommeil ou des prothèses cardiaques).

Les risques concernent aussi les automobiles, dont l’équipement obligatoire d’appel d’urgence appelé eCall est dépendant du réseau 2G. Cela concernerait plus de 36 millions de véhicules dans l’Union européenne.

L’obligation de passer à la nouvelle génération d’eCall compatible avec la 4G ne concerne que les voitures neuves produites à partir de janvier 2026.

Par ailleurs, l’arrêt des réseaux de 2G et 3G fait craindre des coupures d’appel d’urgence, y compris pour certains téléphones fonctionnant avec la 4G.

L’arrêt de la 2G et de la 3G implique également de rendre totalement obsolètes l’ensemble des téléphones portables non compatibles avec la 4G. Loin d’être marginale, l’utilisation de ce type de mobiles est encore courante chez certains publics particulièrement vulnérables, qui s’en servent encore comme moyens de communication privilégiés. Rien qu’en 2025, l’association Emmaüs Connect a ainsi distribué plus de 20 000 terminaux de ce type (données fournies par Emmaus Connect). Autant de personnes sans abri, exilées et/ou victimes de violences qui n’auront demain plus la possibilité de passer des appels ou d’envoyer des SMS dans des situations d’urgence souvent vitales.

Des millions d’appareils fonctionnels victimes d’obsolescence prématurée

Ces millions d’appareils et de boîtiers incompatibles avec la 4G et la 5G pourront à la limite servir de cale-porte ou de presse-papier : lorsqu’il est possible, le passage à niveau implique généralement de lourdes modifications matérielles. Alors que la majeure partie de l’impact carbone du numérique est liée à la fabrication des équipements, un chiffre qui monte à 99 % pour les smartphones, cette obsolescence forcée implique un impact environnemental conséquent.

Le seul renouvellement des 2,6 millions de téléphones concernés supposerait l’émission de près de 207 000 tonnes de CO2, soit l’équivalent de près de 24 000 tours de la terre en voiture thermique[3].

Si certain·es annoncent une réduction de l’empreinte écologique des télécommunications avec la 5G, c’est sans compter sur l’obsolescence massive des terminaux incompatibles, et sur un effet rebond prévisible (et admis par Martin Bouygues lui-même).

Nous observons d’ailleurs une accélération des cycles de réseaux de télécommunication. La 6G étant déjà annoncée pour 2030, la 4G et la 5G seront bientôt à leur tour considérées comme obsolètes, avec des impacts probablement encore plus conséquents, du fait de la migration des équipements 2G-3G, ainsi que de la multiplication des usages du numérique.

Responsabilisons l’État : obtenons des garde-fous !

Aujourd’hui, l’État n’impose que très peu de limites aux opérateurs privés, considérant que cela « ne [relève] par des prérogatives de la puissance publique ». Ce désengagement, qui est aussi celui de l’ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse), est inacceptable.

Aucun garde-fou n’existe pour éviter que la situation actuelle ne se répète d’ici quelques années.

Cette situation doit faire précédent. L’ARCEP doit s’engager à cartographier les risques et à les restreindre. Nous exigeons un encadrement des arrêts de réseaux par l’État, afin d’en limiter les impacts économiques, sociaux et environnementaux. La puissance publique a le pouvoir d’effectuer cette régulation, au nom de l’intérêt général et de la sécurité des personnes. Elle est en effet propriétaire des fréquences louées par les opérateurs privés pour déployer leurs réseaux de télécommunication.

Mettons à l’agenda politique le sujet de leur encadrement dès maintenant dans le cadre des programmes électoraux.

▶ J’adhère à HOP pour demander des garde-fous

[1] Les derniers chiffres de l’Arcep disponibles à ce jour (septembre 2025) prennent seulement en compte les carte SIM distribuées par les opérateurs français. Or, selon la Direction Générale des Entreprises, cela ne représente que 30% du total des cartes SIM utilisées par des professionnels en France (principalement dans les objets connectés). Ainsi, le chiffre de 2,99M de cartes SIM concernées dans les objets connectés doit être extrapolé. Nous obtenons donc une estimation de 12,59M d’appareils concernés en France.

[2] Ce chiffre est tiré des données disponibles à date : à minima 400-500 millions d’euros pour les systèmes d’eau et d’assainissement des collectivités (pouvant aller jusqu’à 4 milliards selon les estimations) ; 150 millions d’euros pour Enedis ; 685 millions d’euros pour les secteurs des alarmes, de la télésurveillance, de la téléassistance, des ascenseurs, des équipements médicaux et des systèmes d’appel d’urgence eCall.

[3] Soit 206 830 T de CO2 (car fabrication + fin de vie d’un smartphone = 79,3 + 0,25 = 79,55 Kg de CO2 selon l’Ademe), soit près de 24 000 tours de la terre en voiture thermique (23 674, parce qu’un Km = 218g CO2, et circonférence de la terre = 40 075 km)

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